[TW : Mention de mort. Rien de graphique à ce stade de la chronique, mais je préfère prévenir !]
PERSONNAGES
SCÈNE 1
Lieu : Une pièce dans un bâtiment désaffecté. La lumière y est forte et oscillante.
Décor : Un bureau renversé, du sang séché au sol, des papiers éparpillés.
Atmosphère : Pesante et suffocante.
La scène s'ouvre sur Sameen. Ses vêtements de combat sont maculés de poussière et de suie. Sa respiration est calme, maîtrisée. Elle essuie la lame de son couteau de combat sur la veste d'un corps immobile au sol, puis le range à sa ceinture. Elle s'approche du bureau et commence à feuilleter vivement un dossier classé confidentiel. Soudain, l'air s'allourdit davantage. Les ombres dans les coins de la pièce semblent s'étirer et se densifier. Sameen se retourne en une fraction de seconde, son arme de poing braquée sur le coin le plus sombre de la pièce.
SAMEEN (d'un ton sec, la voix parfaitement stable)
Qui êtes-vous et comment êtes-vous entré dans une zone classée défense ?
Une silhouette grande et élégante se détache de l'obscurité. Le dieu de la fatalité, Moros, avance à pas lents, invisible aux caméras, intouchable par les balles. Un sourire énigmatique dessine ses lèvres.
MOROS (d'une voix grave, chaude et enveloppante, chargée d'une gravité fatale)
Les serrures et les protocoles mortels sont bien futiles, Sameen. Je suis simplement venu admirer votre œuvre.
SAMEEN (ne baissant pas son arme d'un millimètre)
Vous avez cinq secondes pour me donner un nom avant que je vérifie si vous êtes plus résistant que le précédent.
MOROS (faisant un pas de plus, amusé et fasciné par son absence totale de peur)
Moros. Et ce bout de métal ne changera rien à ma présence. J'observe ton travail depuis longtemps. La précision de tes gestes, la rigueur avec laquelle tu distribues l'inévitable… C'est d'une poésie rare.
SAMEEN (crispant la mâchoire)
Je fais un travail. Rien de poétique là-dedans.
MOROS (approchant sa main du visage de Sameen sans la toucher, l'air s'épaississant autour d'eux)
Il y a eu de nombreuses morts avant celle-ci sous tes mains. Il y en aura d'autres après. Tu es le marteau, je suis l'enclume. Nous partageons un domaine similaire, Sameen.
Sameen tente de maintenir son regard d'acier, mais la pression divine dans la pièce fait vaciller sa certitude. Un frisson froid traverse l'atmosphère alors que la lumière baisse soudainement.
Acte II — L'éducation de Riley
SCÈNE 1 — LA NAISSANCE
Lieu : Un appartement sécurisé à New York.
Atmosphère : Nuit noire dehors. Pluie contre les carreaux.
Sameen est debout près de la fenêtre, tenant un nourrisson enveloppé dans une couverture sombre. Elle ne regarde pas le bébé, mais scrute la rue en bas. John et Harold sont assis près de la table.
JOHN (se levant doucement, une tasse de café à la main)
Tu devrais te reposer, Sameen. Tu es debout depuis trente-six heures.
HAROLD (ajustant ses lunettes)
Les papiers sont prêts. L'état civil ne posera aucune question. Mais tu ne peux pas la protéger de ce monde en restant à la fenêtre toute la nuit.
SAMEEN (sans se retourner)
Elle s'appellera Riley. Et elle apprendra à se battre avant d'apprendre à faire confiance. C'est ce que ce monde exige.
SCÈNE 2 — LE PREMIER ANNIVERSAIRE
Lieu : Le même appartement, au décor plus chaleureux. Des jouets en bois sont posés au sol.
Amy est assise sur le canapé, le petit bébé sur les genoux. Sameen est adossée au cadre de la porte, les bras croisés. Amy embrasse le front de la petite fille avec une tendresse infinie.
AMY (d'une voix douce, le regard fixé sur Sameen)
Tu ne diras jamais qui est son père, n'est-ce pas ?
SAMEEN (d'un ton sans appel)
Il n'y a rien à dire qu'on pourrait croire. Et rien qu'on devrait savoir.
AMY (souriant tendrement, serrant Riley contre elle)
Ça n'a aucune importance. Elle est à nous. Je la protégerai toi et elle, quoi qu'il arrive.
SCÈNE 3 — LE DÉBUT DES ENTRAÎNEMENTS
Lieu : Un gymnase privé au sous-sol.
Atmosphère : Bruit de sacs de frappe et d'impacts.
Riley, environ 7 ans, cheveux noirs bouclés en bataille, est en tenue de sport. John est agenouillé en face d'elle et lui corrige sa position. Sameen observe en retrait.
JOHN (pédagogue, tapotant gentiment l'épaule de sa nièce)
Regarde-moi, Riley. La force ne sert à rien si tu n'as pas l'équilibre. Si un type plus grand que toi t'attrape, tu n'essaies pas de lutter. Tu vises les articulations. La gorge, l'entrejambe, les yeux, les genoux. Compris ?
RILEY (totalement concentrée, hochant la tête sans un sourire)
Compris, oncle John. Utiliser sa masse contre lui.
SAMEEN (s'approchant, lui tend un petit couteau d'entraînement en mousse)
Encore. Montre-moi comment tu te dégages si quelqu'un vient par derrière.
Riley s'exécute avec une précision et une efficacité impressionnante. Sans un bruit.
SCÈNE 4 — LA TRAGÉDIE FAMILIALE
Lieu : Le salon familial. Lionel et Joyce sont invités à dîner.
Atmosphère : Ambiance détendue en apparence.
Lionel rit à une blague de Harold. Joyce est assise près de Riley, qui fixe attentivement ses mains.
JOYCE (souriante, se penchant vers Riley)
Et toi, Riley ? Tu as l'air bien mystérieuse ce soir. À quoi tu penses ?
RILEY (voix calme, plate, sans aucune émotion)
À la vitesse à laquelle la mort peut intervenir.
Un silence de plomb s'installe autour de la table. Lionel s'arrête de rire. Harold toussote, mal à l'aise.
AMY (intervenant rapidement, posant une main protectrice sur l'épaule de Riley)
Riley, chérie, on ne dit pas ce genre de choses à table…
Quelques semaines plus tard. Dans le salon. John raccroche son téléphone fixe, le visage sombre.
JOHN (d'une voix basse)
C'était l'hôpital. Joyce a eu un accident de voiture, ses freins ont lâché. Elle n'a pas survécu.
Lionel se prend la tête dans les mains. Amy étouffe un sanglot. Riley, assise dans un coin avec un livre portant sur l'histoire de la chute de Pompéi, lève à peine les yeux et semble n'avoir aucune réaction.
RILEY (intérieurement)
C'est plutôt doux, comme mort.
SCÈNE 1 — LA PRISE DE CONSCIENCE
Lieu : La chambre de Riley, éclairée par la seule lumière de la rue.
Atmosphère : Lourde et oppressive.
Riley est assise sur son lit. Amy entre doucement dans la chambre.
AMY (s'asseyant à côté d'elle, lui caressant les cheveux)
Tu as encore fait ce rêve, Riley ?
RILEY (regardant fixement le mur, stoïque)
Ce ne sont pas des rêves, maman. Je vois juste les choses telles qu'elles sont. La fin est déjà écrite pour tout le monde. Et si je reste ici… des monstres viendront. Ils détruiront la maison. Ils vous tueront tous.
SAMEEN (inquiète, lui prenant le visage)
Ta mère et moi ne laisserons personne te faire du mal. Jamais.
RILEY (dans un murmure presque piteux mais résigné)
Vous ne pourrez rien faire contre ce qui arrive. C'est mon fardeau. Pas le vôtre.
SCÈNE 2 — LE DÉPART
Lieu : La chambre de Riley. Nuit noire.
Atmosphère : Silence absolu, brisé par le vent dehors.
Riley met son sac à dos en travers de son épaule. Elle s'approche de la fenêtre ouverte. Elle regarde une dernière fois la porte menant à la chambre dans laquelle dorment ses mamans.
RILEY (intérieurement)
« Il existe un endroit où je t'emmènerai un jour pour que tu puisses être à l'abri », disait maman. La côte est. C'est tout ce que je sais.
Elle s'assoit sur le rebord de la fenêtre, attrapant les prises de la façade qu'elle a repérées depuis des mois. Elle ne pleure pas. Son visage est d'une sérénité absolue.
RILEY (intérieurement, se laissant glisser vers l'extérieur)
Si je reste, le destin vous brisera. Je préfère affronter la nuit seule.
Rideau